Quand les oeuvres parlent d'elles-mêmes


Éric Angelini

La publicité s'en empare régulièrement, tout comme les graphistes et les artistes. L'autoréférence est devenue un genre en lui-même, s'adressant non seulement à notre regard, mais aussi à tous nos sens ! Faisons un tour d'horizon déjanté d'une inventivité qui semble sans limite.

Certains domaines artistiques sont plus propices que d’autres pour les jeux avec l’autoréférence. Ainsi, le théâtre s’y prête admirablement. Parmi les classiques, Hamlet de Shakespeare en est une illustration, comme l’Illusion comique de Corneille, la Mouette de Tchékhov ou les Six personnages en quête d’auteur de Pirandello – sans même évoquer le Paradoxe du comédien de Diderot ou encore l’effet de distanciation dans le théâtre épique de Brecht, qui consiste à interrompre la narration en cours par une autre narration. Relisez-les !


Les artistes contemporains inspirés

Poem schema, Dan Graham, 1966–1969.

 

De 1966 à 1969, l’artiste américain Dan Graham (né en 1942) publia plusieurs poèmes autoréférents dans des revues d’art, anticipant de plusieurs années des recherches similaires qui seront effectuées à l’aide d’ordinateurs. Le gabarit de son Poem schema n’avait rien de sentimental, tenant plutôt des « eaux glacées du calcul égoïste », puisqu’il s’agissait d’afficher, sur une seule colonne, la quantité d’adjectifs, d’adverbes, de lignes, de lettres, de majuscules, de nombres… du poème lui-même et de rien d’autre. Graham sera peut-être qualifié un jour d’« artiste de l’autoréférence différée » pour ses extraordinaires œuvres de 1974 que sont Time Delay Room et surtout Present ... Lire la suite gratuitement